jeu.

06

mai

2010

Jerôme Schlomoff

"Au départ, je voulais faire des films, mais je n'avais pas de caméra. Alors, J'ai décidé de m'en construire une à partir du principe de la caméra obscura.

Cette première caméra, je l'ai faite entièrement en carton. Une simple boîte dans laquelle je mets des bobines de film photographique 35mm de 36 vues (correspondant à une durée filmée d'environ 3 secondes par bobine). L'objectif est remplacé par une fine plaque de laiton percée d'un minuscule trou. La lumière qui entre dans la chambre noire de la caméra, par ce trou, projette sur le film l'image du dehors inversée. Je laisse poser le temps nécessaire (entre 2 secondes et 4 minutes) pour chaque vue. Puis, j'avance le film d'une vue à l'aide d'une manivelle en plastique qui entraîne l'axe de la bobine. Un petit ressort, le long de la bande perforée, me permet de compter le nombre de perforation qui défile au moment où j'avance le film. Ainsi, tout les quatre "clic", je sais que je viens d'avancer d'une vue. Enfin, je développe le film négatif en procédant à une inversion physique à la lumière. J'obtiens un rush original positif. Une fois le télécinéma réalisé je fais un montage (numérique, image et son) qui sera kinescopé.

Par la suite, j'ai trouvé à la brocante du club photo de Fleury-Mérogis, un vieux chargeur de caméra 35mm en aluminium, que j'ai acheté 15 €. Je l’ai fait modifier pour pouvoir avancer le film vue par vue manuellement. J'ai remplacé le volet qui protège le film de la lumière par une platine sur laquelle est fixée la plaque sténopé. Ce chargeur peut contenir 30 mètres de film en 35mm, soit 1 minute de film. De plus, cette caméra est bi objectif, il suffit de retourner la platine porte objectif pour gagner 3mm de distance focale, on passe d’un 50mm à un 20mm. J’ai baptisé cette caméra la Fleury-Mérogis 35mm Sténopé.

Le résultat de l'utilisation d'une telle caméra entraîne le regard vers une vision poétique du monde ainsi observé. Notre certitude, à voir le réel, est constamment remise en question. Nous ne sommes plus tout à fait certain de voir une vérité solidement ancrée dans notre mémoire.

Ce qui m'intéresse ici, c'est de travailler sur la fragilité de l'image, afin de fragiliser nos propres certitudes. Le regard cinématographique que je porte s'attache à donner une autre vision de l'humain qui arpente la ville, et de son empreinte dans des lieux qu'il a abandonné depuis longtemps, comme les friches urbaines, industrielles et les campagnes désertées. Je m’implique dans une démarche solitaire libre de mon désir de filmer tel plan. C’est dans la lenteur de ce travail que s’assemblent les fragments de poésie que nous révèle la ville. Sans cesse je pose à mon regard la question : « comment habiter la ville aujourd’hui ?»

Label Impatience -Recherche personnelle autour de l'acte photographique & cinématographique.

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